Consortium WASH RDC

L'expertise de cinq ONG internationales

Le Consortium WASH RDC partage ses résultats et leçons apprises à Kinshasa

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Le 29 novembre 2018 à Kinshasa, le Consortium WASH RDC a tenu un atelier de partage de ses résultats et leçons apprises en vue de la clôture imminente du programme en fin mars 2019.  L’initiative s’inscrit dans une série d’évènements organisés par le Consortium à partir d’octobre 2018, visés à restituer les informations clés relatives au programme aux acteurs du secteur WASH opérant à la fois au niveau local et national de la RDC – ONG nationales et internationales, bailleurs des fonds, institutions gouvernementales, agences des Nations Unies, société civile et secteur privé.

Les participants à l’atelier de clôture du Consortium WASH RDC à Kinshasa. 29 novembre 2018.

Le mot d’introduction du directeur du Consortium WASH RDC, Gian Melloni, a rappelé la centralité du rôle des communautés dans la mise en œuvre du programme. Tant dans le domaine de l’eau, que de l’hygiène et l’assainissement, le Consortium WASH RDC a demandé aux communautés d’être protagonistes plutôt que bénéficiaires « passifs » d’assistance, en les accompagnant dans la mise en place des systèmes de gestion des services d’eau durables et dans l’adoption de solutions d’hygiène et assainissement pilotées par les communautés mêmes. Ces sont les axes stratégiques à travers lesquels le Consortium WASH RDC a visé les enjeux de la pérennisation des résultats du programme auprès des communautés rurales de la RDC.

La vidéo-documentaire du Consortium WASH RDC « Vers des services WASH durables en République Démocratique du Congo » a été projetée pour ramener dans la salle le témoignage des communautés, du staff de projet et des partenaires institutionnels locaux et comprendre comment cette stratégie s’est traduite en des actions pratiques. Les membres de l’unité de coordination du Consortium WASH RDC ont ensuite approfondi ces thèmes et ont montré des résultats clés, en tirant des leçons et des recommandations pour le secteur. Des résultats appréciés par le bailleur de fonds du Consortium WASH RDC, UK aid, qui dans son mot de clôture a souligné les signes très encourageants de pérennité des acquis du projet, et qui a loué les opportunités d’apprentissage que le Consortium a ramenées au secteur au fil du temps.

Les présentations sont disponibles et téléchargeables ci-dessous:

Quelques résultats clés : l’accent sur la pérennité

A la fin du projet, 69% des comités de gestion ont atteint l’autosuffisance financière. Le Consortium WASH RDC a identifié trois niveaux de capacité de prise en charge des coûts d’exploitation et entretien d’un point d’eau par les communautés, qui correspondent à leur autosuffisance financière à court, moyen et long terme. Pour recouvrir ces coûts, les communautés élaborent des plans d’affaires envisageant des stratégies de collecte de fonds pour leur point d’eau, tels que des cotisations ménagères ou des activités génératrices de revenus. Les communautés qui n’atteignent pas le niveau minimum ont de même des comités actifs et des points d’eau fonctionnels, et leur vaste majorité met en place des mécanismes de recouvrement des coûts.

L’objectif est d’assurer que les ouvrages hydrauliques sont maintenus en bon état au fil de temps pour un accès à l’eau pérenne.

Les trois niveaux de capacité de prise en charge des coûts

Taux d’atteinte des trois niveaux d’autosuffisance

 

 

 

 

 

 

 

A la fin du projet, 93% des membres des communautés connaissent les moments critiques du lavage de mains. En termes d’hygiène et assainissement, le travail du Consortium WASH RDC a été fondé sur la mobilisation communautaire pour le changement des comportements. La connaissance des correctes pratiques d’hygiène et assainissement représente un prérequis fondamental pour permettre ce changement et est normalement un acquis qui se conserve au sein des communautés.

A la fin du projet, 71% des ménages disposent d’une latrine hygiénique. Il s’agit d’installations réalisées par les communautés mêmes avec des matériaux locaux et pas chers, permettant un suivi autonome après la sortie du projet.

Six mois après la fin du projet, 82% des ReCos mènent encore des sensibilisations. Il est fondamental que les communautés puissent toujours faire recours à des structures locales pour maintenir leurs acquis WASH dans le temps. Le fait que les ReCos formées par le projet continuent à leur fournir un appui six mois après la sortie des agences du Consortium est indicatif d’une capacité communautaire améliorée de prise en charge autonome.

Deux ans après, 89% des points d’eau installés par le Consortium restent fonctionnels et utilisés, d’après l’évaluation des points d’eau d’un échantillon de communautés où les activités du Consortium se sont terminées il y a deux ans. 99% des points d’eau continuent à être gérés par des comités actifs. Toujours deux ans après, la représentation des femmes au sein de ces comités reste au 33%, ce qui semble témoigner que ce niveau de participation des femmes est perpétué dans les communautés au-delà de l’accompagnement du Consortium.

L’apprentissage sectoriel

En parallèle avec le travail au sein des communautés, le Consortium WASH RDC a fait de la promotion de l’apprentissage sectoriel une composante centrale de sa théorie du changement et de son cadre des résultats. L’innovation, la recherche et le partage des informations programmatiques ont été depuis le début considérés comme des éléments essentiels pour la construction d’une base de connaissances solide et fiable pour le Consortium et pour le secteur dans son ensemble et, en dernière instance, pour une meilleure programmation WASH dans la RDC rurale.

A travers l’analyse des données programmatiques et le recours à une pluralité de projets pilotes, le Consortium WASH RDC a exploré les thèmes clés du programme et du secteur en général, en se focalisant premièrement sur la pérennisation financière de la WASH rurale, la mobilisation communautaire pour le changement de comportements, les mécanismes de redevabilité et la gouvernance sectorielle, et les enjeux de la chaine en approvisionnement des pièces détachées pour les pompes à main.  Les résultats ont été disséminés à travers une vingtaine de publicationsà disposition sur le site web du Consortium–  et à travers  huit éditions des « Revues Techniques » : des plateformes de partage d’expériences et de compétences rassemblant chaque fois de 60 à 100 représentants des ONG, des organismes des Nations Unies, des bailleurs de fonds, des autorités locales et nationales, ainsi que du secteur privé.

Des réflexions pour l’avenir du secteur

Le programme du Consortium WASH RDC a requis un niveau d’engagement communautaire intensif et continu, sur un étendu temporel assez long, qui n’a pas été toujours facile à atteindre. Un effort supplémentaire dans les sensibilisations s’est avéré fondamentale avec les communautés ayant connu des situations de crise et ciblées par des programmes d’assistance humanitaire auparavant de l’arrivée du Consortium. La transition entre une « culture de l’assistance » et la prise en charge à long terme de leurs besoins par les communautés elles-mêmes est complexe mais tout à fait possible. Il est essentiel de ne pas sous-évaluer la capacité et la motivation des communautés et de les accompagner dans des processus d’autonomisation, en faisant recours également au support des acteurs locales (les institutions et le secteur privé en tant que fournisseur de certains services essentiels), même dans des contextes où les ressources à leur disposition ont des limites. Il est essentiel qu’après la sortie des programmes, les communautés ne soient pas laissées seules, mais qu’elles puissent compter sur un environnement favorable à la pérennisation de leurs acquis. A ce propos, il est essentiel de reconnaitre que dans un contexte où la séparation entre les périodes de stabilité et des moments de crise n’est pas toujours nette, les acquis sont souvent sous la menace d’être perdus. Des éléments de flexibilité et de contingence devraient donc constituer partie intégrale des projets de développement à long terme, pour leur permettre de s’adapter aux changements du contexte et répondre aux besoins.

L’expérience du Consortium WASH RDC démontre que les communautés peuvent être guidées vers la prise en charge autonome et durable de leurs services d’eau, en les aidant à comprendre les coûts de ces services et à planifier des stratégies de recouvrement. La réussite des approches visant à la pérennisation financière des services est donc possible et ces approches sont à encourager, pour résoudre les importants enjeux de durabilité visés par les programmes de WASH en RDC.  Par ailleurs, malgré une tension apparente entre le droit universel à l’accès à l’eau potable et une gestion des services visée à la pérennité financière, les communautés sont tout à fait capables d’élaborer des stratégies d’inclusion des plus vulnérables -telles que l’exemption des paiements- qui ne nuisent pas à la capacité de recouvrement des coûts. Les principes de la pérennité financière et du droit d’accès à l’eau ne sont pas en contradiction.

Pour pourvoir à ces réflexions, le travail de recherche et capitalisation continuelle des leçons apprises du Consortium a été sans doute primordial. Ce travail a été soutenu par des ressources humaines et financières consistantes au sein du Consortium et surtout par l’inclusion de la gestion des connaissances et de l’apprentissage dans l’architecture du programme. Le partage systématique des résultats du programme et la mise en relation des acteurs du secteur WASH en RDC ont renforcé les opportunités de collaboration et la définition d’orientations stratégiques dans le secteur. Il est souhaitable que les ressources nécessaires pour poursuivre ces objectifs continuent à être disponibles dans le secteur et que la base de connaissances puisse s’élargir pour atteindre une majeure efficacité de la programmation. C’est à partir des connaissances plus solides que les acteurs peuvent plus facilement identifier leurs lignes stratégiques et des recommandations pour le secteur à véhiculer, le cas échéant, à travers des activités de plaidoyer.

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