Consortium WASH RDC

L'expertise de cinq ONG internationales

En RDC, les communautés payent pour le service d’eau, pour assurer la pérennité

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Dans le village rural de Mande, dans le Sud-Est de la RDC, les ménages ont accès à l’eau potable en payant un tarif mensuel de 500 FC, ou une valeur équivalente en espèces ou services. Cette contribution garantit l’entretien et les réparations du point d’eau, qui a été construit avec l’appui de Concern Worldwide dans le cadre du programme Consortium WASH RDC. En payant le tarif mensuel, les usagers ne sont plus des bénéficiaires, mais des clients.   

Mande, Manono

Photo: Concern Worldwide

La plupart des 500 habitants du village de Mande, situé dans le territoire de Manono dans la province de Tanganyika, travaillent dans le domaine agricole ou dédient leur temps à l’élevage. Avant l’installation du point d’eau en 2015 par l’équipe de Concern Worldwide, la seule source d’eau du village était un puits traditionnel, qui était utilisé autant par les membres de la communauté, que leur bétail. Mais depuis 2015, le point d’eau du village est entouré d’une clôture et les usagers doivent contribuer au financement pour pouvoir accéder à la pompe.

3434 Point d'eau, Mukalayi Muvumbu, Gestionnaires du point, Mande, Manono-002

Au point d’eau du village de Mande, Mukalayi Muvumbu, Gestionnaires du point, assure l’entretien et un service de qualité pendant les heures d’ouverture. Photo: Concern Worldwide

En payant pour le service d’eau, les habitants de Mande financent les opérations, la maintenance et les réparations nécessaires, qu’elles soient mineures ou majeures. Mais dans ce rôle de client payant, ils ont aussi des attentes de service minimum. A Mande, le Comité de Gestion d’Eau est l’organisation communautaire chargée de l’entretien du point d’eau et d’offrir un service de qualité à ses membres, tout en assurant une bonne gestion administrative et financière. Pendant les horaires d’ouverture, c’est Mukalayi Muvumbu, gestionnaire du point d’eau et membre du Comité, qui garantit le bon fonctionnement et que les usagers respectent les règles.

 

 

Le Comité de Gestion d’Eau

Comité de gestion d'eau, Erock Nsenga, Village Mande, Manono, Tanganyika

Erick Nsenga, président du Comité de Gestion d’Eau du, Village Mande, (Manono, Tanganyika, RDC).

Eric Nsenga, président du Comité de Gestion d’Eau, nous explique qu’ils utilisent plusieurs outils de gestion administrative et financière pour assurer un bon fonctionnement du Comité et du point d’eau. Un règlement d’ordre intérieur défini le rôle et les responsabilités des membres du Comité, qui sont élus et élues démocratiquement par la communauté et dont les noms sont affichés sur un organigramme dans le bureau du Comité. Un cercle vertueux de prestation de services de qualité est également affiché comme aide-mémoire, ainsi que le plan d’action. Ce dernier permet au Comité d’évaluer son progrès lors de leurs réunions mensuelles selon des objectifs fixés dans le plan d’affaire du point d’eau. Le Comité a adapté ses outils de gestion, en se basant sur les outils du guide de formation pour les comités développé par le Consortium WASH.

Des prix abordables, mais durables

3317 CGE  Kyungu Ngoy, Célestin Kabila, Village Mande, Manono

Kyungu Ngoy, trésorière, et Célestin Kabila, sécrétaire du Comité de Gestion d’Eau de Mande sont chargés d’encaisser les contributions. Photo: Concern Worldwide

Pour la gestion financière, c’est Kyungu Ngoy, trésorière, qui est en charge de la comptabilité. Toute transaction, recettes ou dépenses, doit être indiquée dans le livre de caisse ou le livre de reçus. Lors de l’encaissement des contributions, elle est appuyée par Célestin Kabila, secrétaire du Comité. Chaque ménage qui paye le tarif mensuel, ou la même valeur en espèces, reçoit  un jeton qui leur donne accès au point d’eau et leur garanti un service de qualité pour un mois.  La décision de fixer le prix à 500 FC est le résultat d’un procès participatif, qui tient compte de plusieurs facteurs socio-économiques. Entre autres, la capacité de payer des ménages a été analysée, mais tout en considérant les difficultés des membres les plus vulnérables, comme les personnes en situation de handicap,  qui sont exemptés de payer la contribution mensuelle.

 

 

Les calculs pour fixer le tarif se basent aussi sur une approche de coûts à long terme, pour garantir que non seulement les coûts opérationnels et de maintenance soient budgétisés, mais également les rémunérations pour des techniciens et les frais d’achat de pièces de rechange en cas de panne. C’est impératif que lors de la tarification ce dernier coût soit considéré, étant donné qu’en RDC les chaînes d’approvisionnement de pièces détachées sont limitées. Les frais d’importation de pièces de rechange, qui doivent souvent provenir des pays voisins ou de l’Europe, sont des coûts considérables qui signifient un risque pour la pérennité des points d’eau.

Eric avoue que l’application de la logique d’approche de coûts à long terme a été tout un apprentissage pour la communauté, mais il est confident qu’aujourd’hui tous et toutes sont convaincu-e-s du besoin d’investir. Les membres de la communauté sont conscients que leur contribution permet au Comité de se fournir d’outils nécessaires pour un bon fonctionnement de la pompe. Le surplus généré grâce à cette vision à long terme permet également au Comité de faire des investissements dans des activités génératrices de revenus. En juin 2016, la communauté a ainsi investi dans l’achat d’une quantité considérable de poisson fumé du marché situé à 15km du village. Les poissons signifient pour la population non seulement une source supplémentaire de protéines pour les habitants du village, mais en revendant les poissions à un prix correcte, le Comité peut aussi générer plus de revenus pour la gestion du point d’eau.

Il est donc important que les communautés soient conscientes de ce que l’installation d’un point d’eau signifie à long terme.  « Autant les jeunes que les vieux de la communauté de Mande ont compris la notion du coût du cycle de vie d’un ouvrage hydraulique, et cette compréhension est cruciale lorsqu’ils ils décident d’investir dans un point d’eau pour garantir la pérennité.» – Felix Kabemba, Responsable du projet Consortium WASH RDC à Manono, Concern Worldwide.


Le Consortium WASH RDC promeut une approche de coûts à long terme dans ses activités pour améliorer la pérennité des points d’eau dans les zones rurales. Lors des auto-évaluations des communautés, facilitées par les équipes des agences membres du Consortium, la volonté et la capacité de payement est prise en compte pour leur permettre de faire un choix informé sur les différentes options techniques possibles. Au long de son intervention, le Consortium a identifié trois équilibres (adaptés des définitions proposées au niveau international par le projet « WASHCost » de l’ONG IRC du Pays Bas), correspondants à des capacités différentes de prise en charge des coûts d’un point d’eau potable par la communauté. Ces trois équilibres sont:

  •  Coûts d’exploitation et de maintenance mineure : le système de tarification couvre le fonctionnement du comité, l’entretien et les petites réparations.
  • Coûts des réparations majeures : le système de tarification couvre le fonctionnement du comité, l’entretien, les petites et les grosses réparations.
  • Coûts de la réhabilitation complète : le système de tarification couvre l’entretien, les petites et les grosses réparations, et le renouvellement éventuel du système.

L’équilibre dans lequel une communauté se situe influence le type de point d’eau qui peut être installé, mais également les tarifs qui seront fixés par les membres de la communauté.


Concern Worldwide travaille depuis 2013 avec le Bureau Central de la Zone de Santé de Manono pour accompagner la mise en oeuvre des 12 étapes de l’approche programmatique du Consortium, qui permettent aux villages d’atteindre les normes du programme national. Mande est un des 26 villages de la zone de Manono qui, grâce à l’appui de Concern Worldwide, seront bientôt certifié comme Village Assaini.

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